La France est-elle en passe de devenir un partenaire difficile pour l’Europe ?

Hier, après une campagne morose marquée par la crise économique et par la montée du camp « anti-Sarkozy » et du camp « anti Europe », les français ont voté pour élire le dixième président de la Vème  République.

Et les résultats ne sont pas exactement ceux annoncés  par les sondages.

Le candidat Socialiste François Hollande a remporté le premier tour avec 28,6% des voix contre 27,1% pour Nicolas Sarkozy. Marine le Pen, candidate du Front National a marqué un score historique de 18%, 11,1% pour le candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon, 9,1% pour le centriste François Bayrou.

Face à ce résultat, deux choses sont à retenir.

Premièrement, alors que les médias soulignaient le manque de passion du peuple français et un intérêt décroissant vis-à-vis de la politique, le revirement a été sans précédent avec un taux record de  participation, dépassant les 80%.

Deuxièmement,  bien que la montée des partis extrémistes ait été anticipée, sondages et médias avaient prédits que cette « prime radicale » irait au candidat du Front de Gauche Mélenchon, à qui certains instituts de sondages avaient attribué 18% des voix par. Non seulement son score fut modeste, à 11%, mais c’est bien Marine Le Pen qui sort du scrutin en vainqueur indéniable des extrêmes et en « troisième femme » du premier tour. Son résultat est le meilleur  jamais obtenu par le Front National, dépassant même le score de Jean-Marie Le Pen lorsqu’il était arrivé second du premier tour  des élections de 2002, avec 16,9% des  voix.

Ces résultats en disent long sur les préoccupations des français.

Au-delà de ce qui apparaît comme l’expression d’une réaction épidermique à l’encontre de Nicolas Sarkozy et de ce qu’il représente, peut – être du fait de la crise économique, peut-être du fait de son style, les électeurs français semblent perdus, ou du moins sont divisés sur celui ou celle en qui faire confiance pour sortir leur pays de la crise économique.

Le résultat dénote également un manque de consensus général quant à la direction empruntée par l’Europe, avec approximativement un tiers des votants soutenant ce qui s’apparente à des programmes  anti-européens.

Le second tour approchant, il est permis d’espérer qu’il y ait un débat plus rationnel et plus sensé autour de l’Europe, notamment après que Sarkozy ait proposé que l’un des trois débats proposés porte sur les relations internationales.

Mais peut être que c’est un vain espoir.

Car Hollande a émis le vœu de renégocier le pacte budgétaire européen ardemment acquis, arguant qu’il ne contient pas de mesures de croissance assez ambitieuses. Et Sarkozy a émis plusieurs suggestions, appelant à l’introduction d’un «Buy European Act» pour réserver les marchés publics européens aux compagnies européennes, à une réintroduction potentielle des barrières nationales, au renforcement de la cohérence entre  politiques fiscales et budgétaires au sein de la zone euro et au gel de la contribution française au budget de l’UE.

Toutes ces propositions indiquent une modification de la position de la France en Europe – qui que soit  le gagnant du second tour. Et, encouragés par les extrêmes, les deux candidats seront peut-être poussés à durcir leurs positions. Hier soir, les déclarations des deux candidats étaient teintées d’un sentiment négatif vis-à-vis de l’UE.

Sarkozy, considéré aux yeux des français comme responsable de l’adoption du pacte européen, semblait flirter avec les électeurs du Front National en interprétant ce vote comme « un nouveau vote de crise, dans un monde qui change et qui effraie ». Il a évoqué le respect des frontières, la lutte contre les entreprises  délocalisant à l’étranger, la sécurité, l’immigration, avant d’appeler le peuple français à ne « pas connaître le destin de ses voisins européens ».

Juste avant lui, Hollande a fait allusion à sa promesse de campagne de renégocier le pacte en déclarant « ma responsabilité – car je sais que je suis observé au-delà des frontières – est de réorienter l’Europe sur le chemin de la croissance et de la  création d’emploi ».

Dans les semaines à venir, aussi bien Hollande que Sarkozy se lanceront dans la chasse aux voix.

Même si François Bayrou, arrivé cinquième, ne sera certainement pas le faiseur de roi qu’il souhaitait être, il est destiné à être le sujet d’une offensive  de charme de la part de Hollande et Sarkozy. Jusqu’à présent, il a seulement déclaré qu’il demanderait aux deux camps d’exprimer leurs idées.

Bayrou est le plus européen des candidats. Mais durant sa campagne, ses propositions – concentrées principalement sur la gouvernance économique de l’Europe – n’ont pas été substantiellement différentes de celles de Sarkozy. Il a notamment appelé à la création d’un  régulateur financier européen et au  renforcement des lois économiques et budgétaires déjà adoptées au niveau européen.

En plus de Bayrou, la lutte va également se concentrer sur ceux qui ont voté Mélenchon et Le Pen.

Ces deux semaines seront fascinantes, car tout reste à jouer. Et il est très probable que l’issue soit difficile pour l’Europe, quel que soit le candidat qui l’emporte.